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- Anatomie d’un cliffhanger : décrypter l’art du suspense
S'il y a bien un format qui en use, c'est le Duanju : jalon rythmique et outil de l’attention, le cliffhanger sert autant l’arc narratif que le modèle économique des duanju, à condition d’être pensé et employé avec finesse. Définition et héritage du cliffhanger de feuilleton Tout spectateur a déjà fait l’expérience de l’effet « cliffhanger » en regardant une série : ce moment où le récit, au lieu de nous donner à voir davantage, suspend. L’étymologie anglo-saxonne le dit simplement : « cliff », la falaise ; « hang », rester accroché. Le héros est laissé au bord, face au vide, et nous avec lui. L’invention n’est ni nouvelle, ni cantonnée au format numérique : elle se développe dès le 19 ème siècle dans les feuilletons de presse, quand l’épisode se termine au point exact qui oblige à acheter le numéro suivant. Pour autant, l’utilisation du cliffhanger prend une nouvelle dimension au sein du duanju. Dans l’économie de l’attention, le cliffhanger est un moteur de la fidélité du spectateur : revenir plus tard mais bientôt, pour résoudre ce qui a été laissé en suspens. Le duanju, l'art de la coupe et de la rupture Le cliffhanger est un ressort narratif aussi vieux que le feuilleton et pourtant tout aussi neuf que l’écran de nos téléphones. S’il revient en force avec le duanju, ce n’est pas par simple mimétisme. En effet, le duanju n’est pas qu’une nouvelle habitude de visionnage. C’est une nouvelle forme d’écriture. Chaque épisode, ultra‑court, impose un art de la coupe : conclure sans finaliser, promettre sans décevoir, rythmer sans essouffler. Le cliffhanger s’y loge naturellement, épisode après épisode, comme un métronome sensible : il scande l’action, fixe un repère mémoriel, plante une promesse ou une incertitude qui appelle sa résolution. Dans ce format, le suspense n’est pas un supplément de style : il est l’ossature même du récit. Mémoire de l’inachevé : l’effet Zeigarnik On sait pourquoi le cliffhanger fonctionne si bien. Le spectateur, emporté par la tension narrative et émotionnelle, revient d’autant plus volontiers qu’il reste quelque chose à régler entre lui et l’histoire. La psychologie a donné un nom à cette mémoire de l’inachevé : l’effet Zeigarnik. Une tâche interrompue s’imprime mieux qu’une tâche accomplie et un désir non assouvi reste actif. De la même manière, un épisode qui s’arrête avant la résolution imprime une tension mnésique : l’histoire reste ouverte et le spectateur a envie d’y retourner. Le cliffhanger utilise cette mécanique avec créativité quand il sait s’arrêter juste avant la réponse, au seuil de la résolution, là où l’esprit reste en activité. Convertir la peur de rater quelque chose en action Autre explication. Le duanju s’accorde à notre temps morcelé, nos rythmes de vie accélérés et nos disponibilités réduites, tout autant qu’à la recherche d’intensité immédiate, de surprise et de nouveauté. Cette dernière quête répond au phénomène de FOMO (« fear of missing out » en anglais), la peur de rater quelque chose. Le cliffhanger cristallise cette dynamique : il matérialise l’enjeu du récit sous la forme d’un présent aigu (« il se passe quelque chose maintenant »), déclenche la curiosité et convertit l’intérêt en action (regarder l’épisode suivant). La fiction et son intrusion dans le réel La technique du cliffhanger engage aussi le format numérique propre au duanju. Grâce au mobile, la tension peut sortir de la diégèse, le temps de l'histoire, pour prolonger ses effets en dehors de l’épisode et faire irruption dans le réel. Les notifications invitant l’audience à reprendre le fil de l’histoire interrompue constituent un morceau d’écriture extradiégétique. Cette accroche qui s’allume sur le téléphone entre deux réunions, rappelle la promesse en attente de résolution et resitue l’enjeu de cette histoire que l’on avait mise en suspens. Une notification n’incite plus seulement le spectateur à s’immerger à nouveau dans l’histoire, elle relance la fiction par une phrase courte sous forme de promesse : « Tu ne devineras jamais qui revient dans le prochain épisode… ». Le cliffhanger transforme l’attention en geste, la passivité en action : regarder l’épisode suivant, liker, partager, commenter. Le cliffhanger devient alors signal temporel autant que figure narrative : il va chercher le spectateur au sein de sa réalité quotidienne pour le ramener à la fiction. Bien fait, cet aller‑retour entre fiction et quotidien renforce l’engagement. Mal dosé, il se mue en « push » grossier et abîme la confiance. Un même outil, deux effets possibles. Le cliffhanger à l’épreuve du paywall : conversion et bascule économique Au plan économique, le cliffhanger a également une fonction performative et accélère la bascule : clôturant l’accès aux premiers épisodes gratuits, il précède le paywall et la promesse de résolution devient une promesse de conversion. Le cliffhanger devient-il alors un simple outil économique ? Ou peut-il aussi constituer un alignement possible entre le geste narratif (promettre une suite) et le geste produit (proposer de continuer maintenant contre paiement) ? Cela semble possible dans la mesure où le premier geste reste cohérent et convaincant, non pas assujetti au modèle financier. Le paywall ne doit pas être un couperet qui tranche au milieu d’une phrase : il fonctionne quand il s’intercale après une promesse claire et avant une résolution courte, s’inscrivant dans la logique même de l’histoire et de sa progression. L’usure du suspense : surenchère et caricature Autre piège : la surenchère ou la caricature. Une promesse, répétée trop souvent, s’use. On finit par reconnaître les coutures, par anticiper la fausse alerte, par se lasser d’une intensité toujours au même degré. Le cliffhanger mal compris devient un vieux refrain ajouté en fin de couplet par réflexe, ou une astuce de montage qui conclut artificiellement la scène sans qu’elle porte d’enjeu. Cette possible inflation dramatique agit alors au prix de la crédibilité. Les personnages cessent d’apprendre ou de choisir : ils ne servent plus que de vecteurs à un retournement de plus. La promesse devient décevante et le contrat de confiance avec le spectateur s’étiole. On revient par réflexe, non par désir. Vers une maitrise de la tension C’est pourquoi il faut utiliser le cliffhanger non comme un instrument narratif automatique mais comme une écologie de la tension : une manière de ménager, d’économiser, de surprendre, d’alterner. Toute promesse suppose une préparation, une formulation claire et une résolution. Le cliffhanger idéal n’est pas celui qui contredit le fil narratif, c’est celui qui est inévitable : imprévisible dans sa forme, nécessaire dans son sens. Dans le duanju, cette discipline du cliffhanger s’accompagne d’une bonne évaluation de la fréquence, du rythme et du délai entre promesse et résolution. Au scénariste ou au réalisateur d’orchestrer : des questionnements de fin de séquence, des répliques suspendues, des actions interrompues (micro-cliffhangers), des suspensions de fin d’épisode (macro-cliffhangers). Sans oublier, entre deux épisodes à cliffhanger fort, des paliers de respiration, des résolutions partielles, de l’humour, des moments d’intimité, pour que la frustration attachée aux cliffhangers reste positive et que la progression de l’histoire demeure fluide. L’exemple de la série « Les aventures avec ma voisine » (Sanjorge Production) On observe cette fine orchestration dans la mini-série Les Aventures avec ma voisine ( Next-Door Adventures en anglais), produite par Sanjorge Production qui maitrise sa narration. Dans cette fiction, les cliffhangers déplacent véritablement l’histoire, qui commence comme la rencontre entre un jeune homme candide et sa trop charmante voisine, avec un jeu de séduction maladroit de la part du premier. Puis, un château surgit et avec lui, un changement d’échelle comme de décor. L’apparition de ce château surprenant ouvre un nouvel espace de jeu et de mystère. Un majordome entre alors en scène. Personnage perturbateur, il bouleverse la dynamique naissante entre le jeune homme et sa voisine : le duo devient trio. La danse de la séduction est interrompue au moment où elle s’installait. La tension sentimentale gagne en densité parce qu’un tiers redistribue les forces et complique les rapprochements. Plus loin, le fantastique fait irruption : des gnomes espiègles bousculent le réalisme, ajoutent de l’inattendu et des péripéties, forçant les héros à se révéler par l’épreuve. Ce nouveau genre enrichit le registre de la série. Et le spectateur partage la surprise des personnages : une valise abrite l’improbable, le majordome disparaît mystérieusement. L’audience s’attache parce que l’obstacle n’est pas artificiel : celui-ci éprouve la romance, l’oblige à se redéfinir. Ici, chaque cliffhanger est au service d’une progression du récit (nouveau lieu, nouvel enjeu), d’une transformation de la relation entre les deux personnages principaux (complicité, admiration), d’une émotion renouvelée (désir, attente, peur), ou d’une révélation. La tension du cliffhanger devient un tremplin tant émotionnel que narratif. Varier les suspenses et les plaisirs La question ouverte (« comment va évoluer la romance ? ») n’a pas la même musique que la décision suspendue (continuer l’aventure à deux ou à trois), qui n’a pas le même effet que la révélation différée (la disparition du majordome), que le compte à rebours qui rétrécit le temps, que le renversement qui retourne une certitude, que l’ironie dramatique qui livre au public ce que le héros ignore encore, ou que le dilemme qui promet du sens plus que de l’action. Faut‑il renoncer aux codes ? Il faut plutôt les travailler comme des familles d’effets à varier plutôt qu’à répéter. On peut tous les convoquer, mais pas ensemble, pas tout le temps, pas sans progression ni cohérence avec l’histoire. À chaque cliffhanger, la question clé demeure : quel est son impact sur l’arc d’un personnage ? S’il n’y en a pas, on a sans doute accroché un effet décoratif. User du cliffhanger avec modération Pourquoi ne faut‑il pas abuser des cliffhangers ? Parce que le rythme ne se réduit pas à des chutes de fin : il naît de la densité des scènes, de l’intensité des regards, des gestes, des silences. Parce que la promesse, sans résolution, n’est qu’une déception. Parce que la variété de ton, d’intensité ou de genre protège de la lassitude. Parce que l’émotion compte autant que l’intrigue : ce que nous suivons, ce n’est pas une technique bien huilée qui marcherait à tous les coups, c’est avant tout une évolution de l’histoire et des personnages. Mesurer pour mieux raconter Le duanju offrant des métriques précises, il permet d’observer l’efficacité d’un cliffhanger : temps de visionnage, taux de poursuite de la série, abandon après cliffhanger, commentaires. Si un type de suspension suscite abandon ou rejet par l’audience, cette donnée est avant tout une opportunité pour réécrire l’équilibre. L’enjeu est bien de construire la fidélité des spectateurs sur le long terme. En conclusion... Le duanju réinvente donc la structure du feuilleton et le cliffhanger en est l’un des outils phares. Bien employé, préparé avec soin, signifiant pour l’histoire et les personnages, il accélère le récit tout en respectant le spectateur. Le cliffhanger, dans le duanju, doit redevenir une conséquence de l’histoire, non sa condition. Autrement, il épuise et appauvrit. L’équilibre est la clé : alterner promesse et résolution, tension et respiration, surprise et fluidité. C’est à cette condition que le duanju, nouvelle forme narrative autant que nouveau format de consommation, continuera de mettre le mot « feuilleton » au goût du jour. Article rédigé par Maëlle Billant #MaelleBillant Sources : Webmd , 12 juillet 2024 Penserchanger , 28 février 2021
- Carton d’audience en 2023 pour la série française au format Duanju « Les aventures avec ma voisine »
Avant de rejoindre la plateforme internationale Stardust TV en 2025, la mini-série feuilletonnante Les aventures avec ma voisine avait déjà rencontré un succès viral sur Facebook, cumulant près de 700 000 vues. Deux premiers extraits publiés au printemps 2023 ont révélé le potentiel de ce format encore inédit en France. En 2023, aucune plateforme n’existait encore en langue française, alors que le format connaissait déjà un essor à l’étranger. En Chine, 2023 marque l’explosion des mini-feuilletons verticaux. Dans ce paysage, Les aventures avec ma voisine fait figure de pionnière française, en s’inscrivant dans une tendance mondiale. Le 12 avril 2023, un premier épisode franchit les 400 000 vues, accompagné de plus d’un millier de mentions J’aime et de nombreux partages. Deux mois plus tard, le 22 juin, un autre épisode confirme l’engouement avec plus de 300 000 vues et une nouvelle vague de réactions enthousiastes. Le public salue le ton léger, la beauté de l’actrice Lana Sfera et le personnage attachant incarné par Guillaume Sanjorge : « C’est vraiment bon, j’adore, bravo tu es au top », écrit une spectatrice. « Tu as une âme de comédien et de rassembleur », ajoute un autre. Certains s’amusent des situations : « Donc il faut donner du sucre à la place du sel, c’est ça ? » ou encore « Sacré sel ! » De Facebook à Stardust TV Le projet a ensuite été raccourci pour coller aux standards du Duanju, avec un rythme plus soutenu et des épisodes condensés. En avril 2025, la série rejoint le catalogue international de Stardust TV, devenant la première production originale française disponible en huit langues (français, anglais, japonais, coréen, turc, arabe, portugais, espagnol et allemand). Les plateformes de fiction mobile offrent un environnement plus adapté que les réseaux sociaux pour ce type de formats : elles permettent au spectateur de suivre l’histoire épisode après épisode, avec une expérience pensée pour la sérialité et le visionnage sur smartphone. Ainsi, les aventures nées sur les réseaux sociaux ont trouvé un second souffle sur une plateforme internationale, confirmant la capacité du format à franchir les frontières. Source : Facebook - Guillaume Sanjorge , 23 juin 2025 Morandini Blog , 13 avril 2025
- Le Sap’Heure : le bistrot parisien devenu décor de séries Duanju
Depuis 2023, le bistrot Le Sap'Heure, situé sur la place Jacques Froment près de Montmartre, s'est imposé comme un lieu incontournable pour le format Duanju à la française. Entre tournages, projections et vie de quartier, il conjugue convivialité, gastronomie et création audiovisuelle. Ce nouveau format de fiction mobile a trouvé ici l’un de ses ancrages parisiens. De l’assiette à la fiction En novembre 2023, Le Sap'Heure a servi de décor à une scène de la série Les Aventures avec ma voisine, réalisée par Jérémy Haeffele et diffusée sur Stardust TV. Dans cette scène, le héros, incarné par Guillaume Sanjorge, confie ses rêves les plus fous à sa voisine, jouée par Lana Sfera, lors d'un rendez-vous plein d'humour et de poésie dans l'ambiance intime du bistro. Une comédie fraternelle sur grand comptoir En 2024 et 2025, le bistro a accueilli l’intégralité du tournage de La Minute des Frangins, une comédie contemporaine au format Duanju produite par Sanjorge Production. Entre complicité et chamailleries fraternelles, les personnages ont trouvé dans ce décor un terrain de jeu naturel. Les acteurs Sylvain Binetti, Guillaume SanJorge, Chloé Borivage, Claudia Notte, Claire Butard et Anaïs Petit y ont incarné des rôles hauts en couleur. Une projection internationale Le 14 juin 2025, le Sap’Heure s’est transformé en salle de projection lors d’une soirée organisée par l’association Studio Phocéen. Devant un public local et des invités connectés depuis le monde entier, cinq fictions Duanju produites par Sanjorge Production ont été présentées : Ambre, La Minute des Frangins, Miliciens, Roi Gandolfi et Les Aventures avec ma voisine. La projection s'est terminée par une session d'échanges dynamiques entre les professionnels internationaux et les équipes françaises. Un souffle littéraire et culturel Plus qu’un décor de cinéma, le Sap’Heure est aussi un espace de création et d’inspiration. C’est ici qu’a été rédigée une partie du livre Houris de Kamel Daoud, couronné par le prix Goncourt, l’une des plus hautes distinctions littéraires françaises. La passion d’un restaurateur À l’origine de cette dynamique artistique et culinaire se trouve Benor Attouche, un entrepreneur passionné fier de ses racines kabyles et profondément amoureux de la France. Avec son équipe, il propose une cuisine française simple et raffinée en semaine, avant de laisser place aux saveurs orientales le week-end. Grâce à ses prix abordables et son sens de l’accueil, il a transformé Le Sap’Heure en un véritable point de ralliement aussi bien pour les habitants du quartier que pour les voyageurs et divers personnalités. Un ancrage parisien pour le Duanju À travers ses tournages et ses événements, le Sap’Heure illustre l’ancrage du Duanju dans la vie parisienne. Entre art, gastronomie et fiction, ce bar-restaurant prouve qu’un lieu de convivialité peut aussi devenir une scène où s’écrit l’avenir de la création numérique. Le Sap’Heure pourrait bien devenir pour le Duanju ce que le Café des Deux Moulins est pour Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain, ou ce que le Central Perk est pour la série culte Friends.
- À Paris, le 14 juin 2025, la scène mondiale du Duanju s’est réunie
Après une première projection locale en novembre 2024, la soirée du 14 juin 2025 a pris une dimension internationale. À Montmartre, l’association Studio Phocéen a réuni un public local et des invités venus d’Europe, d’Amérique, d’Asie et d’Afrique pour une soirée consacrée à la fiction verticale mobile, encore peu connue en France. Dans une ambiance conviviale, spectateurs et professionnels ont échangé autour d’un format qui s’impose progressivement comme un nouveau langage narratif. La présentation de la soirée a été assurée par Maelle Billant, podcasteuse et juriste en droit international, qui coordonne l’événementiel de l’association Studio Phocéen, aux côtés de Jean-François Fonlupt, producteur reconnu et lauréat de quatre Palmes d’Or à Cannes avec la société Ciby 2000 dans les années 90, ayant collaboré avec des cinéastes tels que David Lynch, Pedro Almodóvar ou Emir Kusturica. L’animation était également assurée par Sylvain Binetti, acteur et chanteur de cabaret parisien. Des projections française et une ouverture mondiale La soirée a débuté avec la projection sur grand écran de cinq fictions française produites par Sanjorge Production : Ambre, La Minute des Frangins, Miliciens, Roi Gandolfi et Les Aventures avec ma voisine. Ces séries pour un visionnage sur téléphone, illustrent l’évolution d’une écriture visuelle plus directe et rythmée. Étaient également présents à la soirée les acteurs Jean-Louis Barcelona, dont la riche filmographie inclut de nombreux films populaires, et Magali Semetys, actrice familière du public de séries télévisées. L’acteur Michel La Rosa était également à l’honneur avec la projection du Roi Gandolfi. Figure familière de la télévision des années 80, il prête désormais ses traits à ce personnage central dans une adaptation au format Duanju. Sa présence illustre le passage d’un visage du petit écran vers l’univers de la fiction digitale. Autre temps fort, la présence de Tony Leva, comédien-voix et fondateur de SyncLab Studio, qui a présenté son travail de doublage francophone de séries mobiles pour des plateformes comme Stardust TV et Netshort. Son intervention a illustré comment le doublage ouvre la voie à une appropriation européenne du format. Une vision internationale du format Plusieurs invités étrangers ont livré leur lecture du phénomène. La productrice mexicaine Yamile Vaena a insisté sur la nécessité d’un nouveau langage narratif, rapide et audacieux, né de la contrainte d’écrire en quelques secondes. Sa compatriote Veronica Angeles-Franco a rapproché le Duanju des telenovelas latino-américaines, y voyant une réinvention condensée des grands récits populaires. La scénariste américaine Jenny Rosen a témoigné de son passage du web novel au vertical drama, soulignant la croissance fulgurante du public et l’inspiration que ce format puise dans la littérature en ligne. La productrice californienne Karla M. Rodriguez, issue du milieu de la mode et des médias digitaux, a quant à elle défendu le Duanju comme un terrain stratégique d’innovation et de diversité pour la nouvelle génération de talents. Du côté britannique, le producteur Adam Gee, lauréat d’un BAFTA et d’un Emmy, est venu specialement d'Angleterre pour présenter le Smart Film Fest, festival international dédié aux films tournés au smartphone. Pour lui, la narration verticale est « le langage de cette génération », une nouvelle vague comparable à l’énergie de la Nouvelle Vague française. La journaliste Jen Cooper, fondatrice de Vertical Drama Love, a de son côté rappelé comment le format avait réconcilié le public féminin avec la fiction romantique, en proposant une efficacité émotionnelle immédiate. Enfin, la productrice chinoise Wenwen Han, fondatrice de la Short Drama Alliance, a replacé le Duanju dans l’héritage des romans en ligne diffusés en Chine depuis les années 1990. Elle a insisté sur l’importance des scénaristes, souvent invisibles, et sur la nécessité de relier les créateurs du monde entier pour bâtir des ponts entre marchés asiatiques et européens. Nouvelles plateformes et perspectives La soirée a aussi été l’occasion de découvrir StoryTV, plateforme Duanju présentée par Alexandre Perrin et Adrien Cottinaud. Cette plateforme propose des micro-séries de 1 à 3 minutes avec une mécanique narrative centrée sur l’attention immédiate et le partage. Pour ses fondateurs, l’Europe représente encore un marché “vierge”, prometteur pour le développement du Duanju. Une étape fondatrice En réunissant projections locales et interventions internationales, la soirée du 14 juin 2025 a marqué une étape pour l’implantation du Duanju en France. Elle a montré la richesse d’un format capable de fédérer des créateurs venus d’horizons très divers, et de poser les bases d’un dialogue mondial autour de nouvelles formes de narration.
- Première projection de séries françaises au format Duanju
Une première projection verticale de Duanju en France. Le 23 novembre 2024, l'association Studio Phocéen a organisé au bistro Gouttes Cave Tattoo à Montmartre la toute première projection verticale en France, inspirée du format Duanju. Ce format court et dynamique, conçu pour les téléphones, a été présenté au public parisien à travers plusieurs mini-séries originales, offrant des propositions plus françaises pour ce type de contenu. La soirée, animée par Maëlle Billant, a rassemblé environ 70 spectateurs dans une atmosphère chaleureuse. Des fictions écrites et produites par Guillaume Sanjorge, réalisées par Jérémy Haeffele et Camille Bertin, ont été dévoilées, suivies d’un échange entre le public et les équipes artistiques. La présence d’acteurs et d’actrices reconnus a contribué à crédibiliser l’événement. Parmi eux, Jean-Louis Barcelona, dont la filmographie prolifique inclut des apparitions marquantes dans OSS 117, Radiostars, Les Profs ou Astérix et Obélix. Magali Semetys, révélée dans Les Mystères de l’Amour, et Sylvain Binetti, apprécié pour ses concerts de chanson française au Petit Café de Montmartre, étaient également présents. Le casting comptait aussi Svetlana Sfera, modèle ukrainienne désormais active dans la fiction, ainsi que les actrices Chloé Borivage, Aria Laurens, Ana Capella, et Guillaume Sanjorge. Ils ont partagé leurs expériences de tournage et échangé librement avec le public. La soirée a commencé par une intervention de Jean-François Fonlupt, producteur de films emblématiques à l’échelle internationale (La Leçon de piano, Underground) et ancien dirigeant de Ciby 2000, célèbre pour avoir remporté 4 Palmes d’or dans les années 1990. Figure du cinéma d’auteur à la fois international et populaire, il a représenté ce soir-là la transition du grand écran vers les formats courts. Un moment fort pour le lancement du format Duanju en France Sources : • Montmartre Addict , 14 novembre 2024 • Hello Asso - Studio Phocéen , 23 novembre 2024 • Facebook - Studio Phocéen , 24 novembre 2024 • Linkedin - Studio Phocéen , 24 février 2025
- Première série verticale en Espagne : Atresmedia dévoile « Una novia por Navidad »
Atresmedia, l’un des groupes audiovisuels les plus importants d’Espagne, se lance dans le microdrama avec Una novia por Navidad, une série conçue directement en format vertical pour Flooxer. Atresmedia possède plusieurs chaînes nationales très suivies et une plateforme de streaming, Atresplayer, qui joue aujourd’hui un rôle clé dans la modernisation de la fiction espagnole. Avec ce projet, le groupe rejoint la dynamique mondiale du récit court pour mobile, déjà très installée en Asie et en Amérique latine. La série est développée en collaboration avec La Charito Films et dirigée par Laura Reviejo et Marta Ambel Meyer. Elle est destinée à Flooxer, une branche d’Atresplayer centrée sur les formats courts et les contenus innovants. Ce canal vise principalement un public jeune et se distingue par l’expérimentation de nouveaux formats. Una novia por Navidad adopte les codes du microdrama avec des épisodes de 1 à 3 minutes, une intrigue concentrée sur un petit nombre de personnages et un total de 60 épisodes, en ligne avec les standards internationaux du genre. Cette approche permet une consommation rapide, adaptée aux usages mobiles et aux plateformes sociales. Une histoire ancrée dans la saison de Noël L’histoire suit Sofia, qui traverse une rupture juste avant les fêtes. Elle se rapproche de Marina, avec qui le courant passe immédiatement. Tout se complique quand Sofia découvre que Marina est en couple avec son frère. Le programme s’appuie sur les codes du récit romantique tout en les adaptant à la vitesse et aux attentes du public mobile. Sources : • Atresplayer Premium , 29 novembre 2025 • Atresmedia Prensa , 19 novembre 2025 • TodoTVNews , 20 novembre 2025 • Hola , 27 novembre 2025
- Wenwen Han : « Les Duanju sont l’héritage numérique de la littérature populaire chinoise »
Le 14 juin 2025, lors de la deuxième soirée de projection publique organisée par l'association Studio Phocéen à Paris sur le Duanju, la productrice chinoise Wenwen Han a ouvert la visioconférence avec une intervention marquante. Fondatrice de la Short Drama Alliance et animatrice de la chaîne Short Drama Decode, elle a partagé une présentation riche et documentée sur l’essor des fictions courtes en Chine. Wenwen Han replace le format duanju dans une histoire longue : celle des romans en ligne chinois, apparus dans les années 1990 et publiés chapitre par chapitre, parfois jusqu’à des milliers d’épisodes. À mesure que ces récits captivaient un lectorat toujours plus large, un système économique s’est structuré : les lecteurs payaient pour débloquer la suite. De là est née une culture du feuilleton accéléré, prêt à basculer vers la vidéo. « Les mini-dramas sont comme une version bêta audiovisuelle de nos romans en ligne. » L’intervention de Wenwen Han a offert au public un aperçu des coulisses de cette industrie en pleine expansion. Elle insiste sur le rôle des scénaristes, souvent invisibles, et sur l’importance de connecter les créateurs du monde entier pour faire grandir ce format. En lançant la Short Drama Alliance, elle souhaite ouvrir un dialogue entre les pays déjà en avance, comme la Chine et ceux en pleine découverte, comme la France. « La fiction verticale est un nouveau langage, et c’est maintenant qu’il faut l’apprendre. » Découvrez sa chaîne Youtube : ici #WenwenHan
- Inter Medya : le géant turc qui se met au duanju
Inter Medya, basée à Istanbul, est l’un des principaux exportateurs de séries turques. En un peu plus de trente ans, la société a bâti un catalogue de milliers d’heures de programmes vendus dans plus de 160 pays. Elle ouvre désormais une nouvelle ligne de travail : des microdramas tournés directement en 9:16 et pensés pour un visionnage rapide sur smartphone. Une nouvelle étape pour inter medya Sa première série originale, « Iki CEO Bir Araya Gelmemeliydik », enchaîne des scènes courtes, centrées sur les acteurs, avec des dialogues frontaux et un montage très serré. Inter Medya ne recompose pas simplement ses feuilletons : les scénarios et les tournages sont pensés dès le départ pour ce format, avec l’objectif d’atteindre à terme une cadence de six à dix microdramas produits chaque mois. Un pari économique sur le Duanju Inter Medya reste un fournisseur de contenus, et non une application grand public. Ses microdramas sont proposés à la fois aux applis spécialisées et à ses clients historiques, chaînes et plateformes, qui cherchent des formats courts pour leurs services et leurs réseaux sociaux. Pour mesurer le potentiel de ce marché en forte croissance, la société s’appuie notamment sur les analyses de Vitrina, une plateforme qui suit les catalogues, les deals et les tendances économiques de l’audiovisuel mondial. Si cette stratégie fonctionne, le microdrama vertical deviendra une brique durable à côté des feuilletons qui ont fait la réputation internationale d’Inter Medya. Sources : • ContentAsia , 2 octobre 2025 • BroadcastPro ME , 2 octobre 2025 • Vitrina , 21 octobre 2025 • C21Media , 20 novembre 2025
- Construire un espace panafricain du vertical : la vision d’Ebuka Njoku
Dans un échange mené par la journaliste Blessing Azugama, le cinéaste nigérian Ebuka Njọkụ, connu pour son film « Yahoo+ », décrit avec précision un paysage audiovisuel africain en pleine transition. Il y raconte comment les usages mobiles, l’énergie créative du Nigeria et l’arrivée d’une nouvelle génération de réalisateurs ouvrent la voie à un véritable écosystème panafricain du Duanju. Ebuka explique que le vertical fait déjà partie du quotidien en Afrique : sketches comiques, petites fictions sur TikTok, formats courts qui circulent de Lagos à Nairobi. Le continent ne manque pas de créateurs actifs, mais il rappelle qu’« il n’existe pas encore de plateforme où l’on peut voir uniquement des dramas verticaux ». Une telle structure permettrait de rassembler les productions du Nigeria, du Ghana, du Kenya, d’Afrique du Sud ou d’Égypte dans un espace cohérent et accessible. Il souligne également que le Nigeria bénéficie d’un avantage important : des coûts de production très bas pour un niveau technique solide. Avec un budget modeste selon les standards occidentaux, il est possible de produire une œuvre verticale de qualité. Les défis qui demeurent concernent surtout la formation et la technique : améliorer le son, adapter les équipes aux exigences du 9:16, renforcer les collaborations internationales pour stabiliser la qualité. Dans ce contexte, une plateforme panafricaine ne serait pas seulement un marché du court format : ce serait une nouvelle manière de structurer et partager les récits du continent. Ebuka évoque aussi l’importance d’un modèle économique adapté aux réalités africaines. Les plateformes internationales rencontrent des limites, notamment parce que, comme il l’explique, « consommer de la data et payer pour accéder à un contenu peut être très difficile ». Une offre pensée pour le mobile peut en revanche mieux correspondre aux usages du public. Selon lui, l’avenir passe par un double accès : une version gratuite financée par la publicité et une version payante légère pour ceux qui souhaitent une navigation sans interruption. Il souligne enfin un élément essentiel de son approche créative : l’influence de l’Afrobeats, un courant musical nigérian mêlant rythmes africains, percussions électroniques et énergie urbaine. Cette musique façonne, dit-il, des récits dynamiques, fragmentés, construits pour capter l’attention en quelques secondes. Le vertical s’accorde naturellement à cette esthétique et à la manière dont une génération entière consomme l’image. Entretien mené par Blessing Azugama. #BlessingAzugama
- Tracer un cadre, raconter le monde : des peintures rupestres à l’écran vertical
L’évolution des cadrages et des formats en peinture. Depuis l’art des grottes, il s’est agi pour l’humain de délimiter ce qu’il voulait reproduire. Mais chaque figure de cette lointaine époque nous semble aujourd’hui posée sans ordre parmi d’autres. Avec la naissance de l’agriculture et donc de l’organisation des champs cultivés, la surface dessinée ou sculptée commença à respecter une certaine géométrie. Quant à la peinture, les premières traces, antiques, qui nous en restent sont des fresques appliquées sur les murs ou les tombeaux, parfois sur des rouleaux, puis plus tard aux murs des églises ou sur des panneaux de bois visant à décorer les autels de ces lieux de culte. Cela impliquait bien sûr que le format ne provienne pas d’une décision artistique mais se conforme simplement à la surface qui lui était attribuée. On vit aussi alors les premières manifestations de petits formats, en décoration, souvent admirable, des pages de livres religieux. Après le Moyen Âge, les formats ont commencé à se préciser et le cadre à se distinguer du tableau lui-même. On notera que la peinture sur chevalet permettra de généraliser des tailles petites ou moyennes, tandis que l’arrivée de la toile, allégeant l’ensemble, favorisera la mobilité des œuvres. Le développement des académies d’art et de la circulation des oeuvres conduira à la définition de dimensions plus précises, selon les genres. La « modernité », à partir du XXè siècle, se fonda sur l’idée de remise en cause permanente de l’acquis et sur la nécessité de l’innovation constante, d’où la disparition -pour le meilleur et pour le pire- de toute règle, et donc la possibilité de pratiquer toutes les tailles voire même l’irrégularité du format ! Dans l'article « De l’écran large à l’écran de poche » , nous étudions avec l'exemple du cinéma, que la production contemporaine d'images, sous toutes les formes, est aussi l'héritière de ce que nous venons de décrire. Article rédigé par Jean-Marie Sanjorge #JeanMarieSanjorge









