Le retour de l’argentique et peut-être le déclin des influenceurs
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Dernière mise à jour : il y a 4 jours
Le marché de la photographie argentique atteint près de 5 milliards de dollars en 2025. L'appareil photo "Camp Snap", sans écran et inspiré de l’argentique, dépasse le million d’unités vendues. Des entreprises anticipent ce basculement. Une partie des jeunes se détourne des usages classiques du smartphone, malgré la qualité croissante des images.
La génération Z (née entre 2000 et 2010), commence à adopter des appareils photo sans écran et redécouvre la pellicule, aux États-Unis, en Europe et en Asie. Ce mouvement s’inscrit dans la social media fatigue, la quête d’authenticité et le slow media, ainsi que dans un retour à l’analogique (analog revival).
Depuis vingt ans, les réseaux sociaux ont transformé l'image en outil d'exposition. Photographier n'est plus seulement capturer un moment, mais produire une version de soi en comparaison avec les autres. Cette image performative doit être vue, validée, et comparée, avec des exigences proches de celles des professionnels de l'audiovisuel. L'ego est constamment sollicité et le partage perd sa logique d'expérience vécue.
Avec les appareils sans écran et la photographie argentique, il n'y a pas de contrôle instantané, pas de retouche, ni de publication immédiate. L'image retrouve son caractère incertain, différé, imparfait, libérée de cette pression, à l'instar des albums photo d'antan.
Cette situation peut aussi s'élargir à la vidéo en ligne sur les réseaux sociaux. Les formats dominants (Reels, Shorts) se concentrent beaucoup sur l'individu en selfie en train de parler, mêlant auto-exposition, influence et réaction, et perpétuent une logique de contenus courts, centrés sur soi et surtout répétitifs depuis plus de 15 ans maintenant.
Les récentes critiques et litiges aux États-Unis visant des plateformes telles que Meta, accusées de propager des vidéos nuisibles pour la santé mentale des jeunes, mettent en évidence les limites de ce modèle. Plusieurs décisions judiciaires et procédures en cours appuient les utilisateurs.
Le succès des formats analogiques en photographie signale une attente qui pourrait aussi se traduire par une séparation croissante entre l’objet de captation (l’appareil photo) et l’objet de diffusion (l’écran du téléphone), une trajectoire notamment favorable aux professionnels de la fiction.
Un boulevard s'ouvre aussi pour la fiction professionnelle adaptée aux écrans de téléphone. Les formats qui vont réintroduire le récit vont redorer l'image des réseaux sociaux. L'utilisateur redevient spectateur d'une histoire, à distance et sans nécessité de se représenter soi-même. Sortir d'un espace où l'ego est constamment engagé.
Article rédigé par Guillaume Sanjorge


