Isabelle Degeorges appelle à un sursaut industriel face au Duanju
- il y a 7 jours
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« Un pays qui ne maîtrise plus ses récits est un pays qui perd son âme. Et une industrie qui ne contrôle plus ses formats est une industrie qui perd son avenir. »
C’est par cette citation attribuée au célèbre réalisateur français Bertrand Tavernier qu’Isabelle Degeorges a récemment posé le débat autour des fictions pour téléphone.
Présidente de Gaumont Télévision France depuis 2013, Isabelle Degeorges dirige la branche télévision française de Gaumont. Un groupe fondé en 1895 et considéré comme la plus ancienne société de production cinématographique et télévisuelle encore en activité au monde.
Dans deux prises de parole publiées sur le réseau social LinkedIn, elle ne rejette pas le format du duanju. Elle alerte plutôt sur ce qu’il révèle : la montée de nouveaux usages, de nouvelles plateformes et de nouvelles dépendances. Pour elle, la question est à la fois culturelle, industrielle, technologique, stratégique et politique.
Son propos situe l’enjeu d’une réponse non pas à l’échelle française, mais à l’échelle européenne.
Dans son second post, elle insiste sur la dépendance de l’Europe à des infrastructures, des plateformes, des systèmes d’exploitation, des serveurs et désormais des intelligences artificielles relevant largement du droit américain. Elle rappelle notamment que, via le Cloud Act, des données hébergées en France peuvent relever d’un droit étranger.
Appliqué au format duanju, ce raisonnement prend une dimension particulière. Si les formats, les plateformes de diffusion, les logiques algorithmiques et, demain, les outils de production sont conçus ailleurs, la France et l’Europe risquent de perdre non seulement la maîtrise de leurs récits, mais aussi celle de leur circulation et de leur monétisation. Le duanju devient alors plus qu’un nouveau langage narratif : aussi un test de souveraineté numérique.
Isabelle Degeorges interroge explicitement le risque que les duanju deviennent « une menace de plus pour notre souveraineté culturelle » plutôt qu’un simple relais de croissance. Consciente des nouveaux usages, elle alerte et appelle à un réveil industriel à l’échelle européenne.
Cette inquiétude fait écho à d’autres débats français sur les plateformes. En 2013, lors du projet de rapprochement entre Yahoo et Dailymotion, le ministre français Arnaud Montebourg s’était opposé à une cession qui aurait fait perdre le contrôle d’un acteur numérique français considéré comme stratégique, en défendant l’idée qu’il ne fallait pas abandonner ce « fleuron du web » à un groupe étranger. Aujourd’hui, Dailymotion reste l’un des principaux players de diffusion vidéo pour les médias professionnels. Les braises d’une relance et d’un succès auprès du grand public ne sont pas impossibles, dans un contexte de tensions dans la mondialisation.
Relu à l’aune du duanju, ce précédent avec Dailymotion rappelle que derrière les formats émergents, la question n’est jamais seulement celle de l’innovation. Elle est aussi celle de savoir qui possède les outils, qui contrôle la distribution et qui organise l’avenir numérique des récits.
Retrouvez les publications d’Isabelle Degeorges sur LinkedIn :
Article rédigé par Guillaume Sanjorge


