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Les grandes tendances du monde des fictions mobiles

France : un cas d'école pour l'avenir du financement de la création numérique

  • il y a 3 jours
  • 3 min de lecture

La France dispose de l'un des systèmes de financement audiovisuel les plus interventionnistes au monde. À travers le Centre national du cinéma et de l'image animée (CNC), une partie des revenus générés par les diffuseurs est réinvestie dans la création. Ce modèle, souvent présenté comme l'un des piliers de l'exception culturelle française, a longtemps accompagné le cinéma et la télévision. Mais son adaptation à l'économie numérique reste un chantier ouvert.


C'est dans ce contexte que la suspension du programme CNC Talent relance le débat sur la place de la création web dans les politiques culturelles françaises. Au-delà de la polémique nationale, cette affaire soulève une question qui concerne l'ensemble de l'industrie audiovisuelle : comment financer la création à l'heure des plateformes mondiales et des nouveaux usages mobiles ?


Le programme CNC Talent cherchait à appliquer au web le modèle français de soutien à la création. Mais contrairement au cinéma, les plateformes numériques ne sont pas spécialisées dans la fiction, le documentaire ou l'animation. Elles mêlent œuvres audiovisuelles, contenus d'information, divertissement, influence, éducation et services. Cette hybridation rend plus complexe l'application d'un modèle historiquement conçu pour financer des œuvres culturelles clairement identifiées.


Dans le même temps, le marché du duanju, ou microdrama, connaît une croissance rapide. En Chine, ces séries courtes conçues pour le smartphone ont atteint une échelle industrielle.


Lors du Grand Débat du Festival de la Fiction de La Rochelle en septembre 2025, le président du CNC, Gaëtan Bruel, rappelait que le marché chinois du microdrama avait dépassé celui du cinéma. À cette occasion, il soulignait également la nécessité de « suivre et comprendre ces tendances », tout en qualifiant le microdrama de « parfait contre-exemple » de la vision de la création défendue par le CNC. Quelques mois plus tard, lors de la Journée de la Création 2026, il évoquait des contenus « hyper standardisés » reposant sur des « logiques addictives ».


Cette critique de l'addiction soulève toutefois une question de cohérence : où placer la frontière entre œuvre culturelle et produit d'engagement ? Le CNC finance déjà le jeu vidéo, un secteur où les mécanismes de rétention, de progression et de fidélisation des utilisateurs occupent souvent une place centrale.


Il convient également de rappeler que le format duanju repose sur un modèle économique centré sur la fiction, bien plus structuré que celui de nombreuses plateformes numériques et réseaux sociaux. Des acteurs comme ReelShort ou DramaBox maîtrisent l'ensemble de la chaîne de valeur, de la production à la distribution, jusqu'à la monétisation des œuvres, au sein d'applications fermées conçues spécifiquement pour les séries.


Le débat sur le financement de la création numérique a été relancé début juin par Justine Ryst, directrice générale de YouTube France. Lors d'une audition au Sénat, elle a souligné que la taxe sur les services vidéo représentait plus de 44 millions d'euros par an, alors que seulement 3 millions étaient affectés à CNC Talent. Elle a également appelé à une réforme du dispositif.



La France a déjà intégré les plateformes de streaming à son système de financement audiovisuel. Depuis l'entrée en vigueur du décret SMAD en 2021, les acteurs concernés, comme Netflix ou Disney+, sont tenus d'investir une partie de leurs revenus réalisés en France dans des œuvres françaises et européennes.


Si cette logique est poussée jusqu'à son terme, le duanju pourrait lui aussi finir par entrer dans le champ de réflexion des régulateurs. Même si le format ne correspond pas aujourd'hui aux priorités affichées du CNC, son développement international et la structuration de son modèle économique pourraient rendre cette question de plus en plus difficile à ignorer.


Article rédigé par Guillaume Sanjorge

 
 
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